D'où vient cette idée
La plus ancienne version retrouvée date du 11 septembre 2013, sur le site AC Franchise : « Selon l'Agence Pour la Création d'Entreprise (APCE), 70 % des faillites des jeunes sociétés sont dues à l'absence d'une étude de marché ou à une étude insuffisante. »
Des sites comme Legalstart (page mise à jour le 15 octobre 2025) et Keobiz (mise à jour le 3 février 2026) la reprennent en l'attribuant à l'APCE. Un autre, Maddyness, ne cite personne. Aucun ne donne de titre d'étude, d'année ni de lien vers un document. Les deux pages de Bpifrance Création sur l'étude de marché que nous avons consultées ne contiennent pas ce chiffre.
La phrase sert une bonne intention ; c'est sa source qui manque. Le catalogue complet de Bpifrance Création et les archives de l'APCE n'ont pas pu être consultés : c'est pourquoi nous écrivons « introuvable », et non « faux ».
Ce que disent les textes et les organismes
Survie. Le taux de survie (ou de pérennité, pour l'INSEE) est la part des entreprises créées pendant une période qui sont encore actives quelques années plus tard. Selon l'Insee Première n° 2070, publication de l'INSEE du 3 septembre 2025, 69 % des entreprises créées en France au premier semestre 2018 dans les secteurs marchands non agricoles, hors micro-entrepreneurs, sont encore actives cinq ans après. « Hors micro-entrepreneurs » veut dire que le chiffre porte sur les sociétés et les entreprises individuelles classiques : l'INSEE suit les micro-entrepreneurs à part.
Le commerce, secteur au taux le plus bas, de justesse. Selon l'Insee Première n° 2070, c'est dans le commerce (« Commerce, réparation d'automobiles et de motocycles ») que la survie à cinq ans est la plus faible en France, à un dixième de point devant l'hébergement et la restauration : 64 % pour les entreprises créées au premier semestre 2018, hors micro-entrepreneurs.
Faillite, défaillance, cessation. « Faillite » est le mot courant ; l'INSEE et la Banque de France parlent de défaillance. Selon l'INSEE, une entreprise est en défaillance quand une procédure de redressement judiciaire est ouverte contre elle parce qu'elle ne peut plus payer ses dettes exigibles avec l'argent dont elle dispose. La Banque de France compte aussi les liquidations judiciaires. Selon Entreprendre Service Public (fiches vérifiées le 1er janvier 2025), le redressement judiciaire permet de poursuivre l'activité, la liquidation judiciaire de fermer l'entreprise.
La cessation, selon l'INSEE, est « l'arrêt total de l'activité économique de l'entreprise » : un entrepreneur individuel qui part à la retraite cesse son activité sans défaillance (exemple donné par l'INSEE).
Causes. L'Insee Première n° 2070 relève, en comparant des entreprises semblables sur les autres critères, des facteurs associés à la survie : forme juridique, secteur, moyens financiers au lancement, expérience dans le métier, salariés dès la création. Ce sont des liens statistiques, pas des causes démontrées. L'étude de marché ne figure pas parmi les facteurs que cite la publication, qui ne dit pas si elle a été mesurée et ne donne pas de motif d'arrêt. Le résumé de l'étude de l'APCE « Trois ans après leur création : les facteurs de pérennité des jeunes entreprises » (2013), publié par Bpifrance Création, ne la mentionne pas non plus.
Un exemple
Prenons un cas fictif : une future gérante d'épicerie fine écrit dans son dossier de prêt « 70 % des faillites sont dues à l'absence d'étude de marché (APCE) ». Son banquier demande de quelle étude il s'agit : elle ne peut citer ni titre ni année.
À la place, elle peut citer le chiffre de l'INSEE pour le commerce (64 % de survie à cinq ans, entreprises créées au premier semestre 2018, hors micro-entrepreneurs), en nommant la publication. Surtout, elle peut joindre sa propre étude : ses clients, ses concurrents proches, leurs prix. Bpifrance Création le rappelle : « L'absence d'étude de marché peut être rédhibitoire dans votre demande de financement. »
La méthode en trois étapes
- Vérifiez la source avant de citer un chiffre : qui l'a publié, en quelle année, sur quelles entreprises.
- Remplacez-le par la donnée publique de votre grand secteur. Le tableau de l'INSEE « Pérennité des entreprises créées, hors micro-entrepreneurs, selon l'activité », paru le 29 septembre 2025, donne la survie à cinq ans par grand secteur d'activité, comme le commerce, et non par métier.
- Faites l'étude de marché pour ce qu'elle vous apprend : votre clientèle, votre concurrence, vos prix. Notre guide sur la façon de faire une étude de marché, à paraître, détaillera chaque étape.
Questions fréquentes
Quel est le taux de survie des entreprises en France à cinq ans ?
Selon l'INSEE (Insee Première n° 2070, septembre 2025), 69 % des entreprises créées en France au premier semestre 2018, hors micro-entrepreneurs, sont encore actives cinq ans après. En France, pour les micro-entrepreneurs immatriculés en 2018, l'Insee Première n° 2069 (septembre 2025) donne 28 % encore actifs sous ce régime à cinq ans. Ce taux inclut ceux qui n'ont jamais démarré : il ne se compare pas directement aux 69 %.
Que sait-on des facteurs de survie des entreprises ?
Les publications de l'INSEE consultées ne donnent pas de motif d'arrêt, seulement des facteurs associés à la survie. Selon l'Insee Première n° 1852 d'avril 2021, en France, 72 % des entreprises créées au premier semestre 2014 (hors auto-entrepreneurs) qui avaient investi au moins 80 000 euros à la création étaient encore actives cinq ans après, contre 55 % de celles qui avaient investi moins de 2 000 euros.
Faut-il quand même faire une étude de marché avant de se lancer ?
Cela dépend de votre projet, selon Bpifrance Création, et pas du chiffre de 70 % : aucune source publique consultée ne mesure l'effet de l'étude de marché sur la survie. Une étude de marché sert à vérifier qu'il existe des clients pour votre offre, face à quelle concurrence. Bpifrance Création la juge « indispensable » si vous demandez un financement extérieur.